L’Indochine française[2],[alpha 1],[alpha 2] est un territoire de l'ancien empire colonial français, dont elle était la possession la plus riche et la plus peuplée. Officiellement nommée Union indochinoise puis Fédération indochinoise, elle fut fondée en 1887 et regroupait, jusqu'à sa disparition en 1954, diverses entités possédées ou dominées par la France en Extrême-Orient : trois pays d'Asie du Sud-Est aujourd'hui indépendants, le Vietnam, le Laos et le Cambodge, ainsi qu'une portion de territoire chinois située dans l'actuelle province du Guangdong.

Union indochinoise
(1887-1941)
Fédération indochinoise
(1941-1954)

18871954


Emblème du Gouvernement général de l'Indochine.
Hymne La Marseillaise
Carte de l'Indochine française : localisations du Tonkin, de l'Annam, de la Cochinchine, du Laos, du Cambodge et (au nord-est) de Kouang-Tchéou-Wan.
Informations générales
Statut Fédération d'une colonie, de quatre protectorats et d'un territoire à bail, relevant de l'empire colonial français.
À partir de 1949 : fédération d'États associés de l'Union française.
Capitale Saïgon
(1887-1902, 1945-1954)
Hanoï
(1902-1945)
Langue(s) Français, vietnamien, teochew, tây bồi, khmer, lao, cantonais, siamois
Monnaie Piastre de commerce
Démographie
Population env. 22 655 000 (1940)
Superficie
Superficie (1945) ~737 000 km2
Histoire et événements
Création[1]
Ajout du protectorat du Laos
Ajout de Kouang-Tchéou-Wan
Mutinerie de Yên Bái
Fin 1930-début 1931 Premiers soulèvements communistes
Coup de force des Japonais
Rétrocession de Kouang-Tchéou-Wan à la Chine
Hô Chi Minh, chef du Việt Minh, proclame l'indépendance de la République démocratique du Viêt Nam
Début de la conférence de Fontainebleau, qui débouchera sur un échec
Novembre-décembre 1946 Début de la guerre d'Indochine
Proclamation de l'État du Viêt Nam, dirigé par l'ancien empereur Bảo Đại
Le Cambodge de Norodom Sihanouk proclame son indépendance
13 mars- Bataille de Diên Biên Phu
Accords de Genève, division du Viêt Nam entre Nord et Sud
Dissolution des derniers liens fédéraux

L'Indochine française fut créée pour englober plusieurs territoires aux statuts officiels différents, conquis entre 1858 et 1907 par la France au fil de son expansion en Asie orientale. Elle se composait de la colonie de Cochinchine (Sud du Vietnam), des protectorats de l'Annam et du Tonkin (Centre et Nord du Vietnam), du protectorat du Cambodge, du protectorat du Laos et du territoire à bail chinois de Kouang-Tchéou-Wan.

La colonisation française de la péninsule commença en 1858 sous le Second Empire, avec l'invasion de la Cochinchine  officiellement annexée en 1862  suivie de l'instauration d'un protectorat sur le Cambodge en 1863. Elle reprit à partir de 1883 sous la Troisième République avec l'expédition du Tonkin, corollaire de la guerre franco-chinoise, qui conduisit la même année à l'instauration de deux protectorats distincts sur le reste du Vietnam. En 1887, l'administration de ces territoires fut centralisée avec la création de l'Union indochinoise. Deux autres entités lui furent rattachées par la suite : en 1899, le protectorat laotien, instauré six ans auparavant, et, en 1900, Kouang-Tchéou-Wan, que la France avait commencé d'occuper deux ans plus tôt.

Les Français étaient peu nombreux en Indochine, qui n'était pas une colonie de peuplement mais en premier lieu une zone d'exploitation économique, grâce à ses nombreuses matières premières (hévéa, minerais, riz, etc.). Sur le plan financier, la colonisation française en Extrême-Orient a été un succès : la balance commerciale de l'Indochine fut presque constamment bénéficiaire au début du XXe siècle et son économie connut un « boom » dans les années 1920, ce qui lui valut d'être considérée comme la « perle de l'empire ». La France développa les systèmes de santé et d'éducation dans les pays indochinois, dont la société restait cependant très inégalitaire. Malgré l'existence d'une ancienne élite aristocratique, le développement d'une bourgeoisie locale et d'une classe d'employés de l'administration coloniale, les indigènes demeuraient placés dans une situation d'infériorité et connaissaient des conditions de travail parfois très dures. Sur le plan politique, la période coloniale s'est traduite par un profond affaiblissement de la monarchie vietnamienne, qui régnait symboliquement sur un territoire divisé. Au Cambodge, le roi resta au contraire le principal référent de l'unité du pays, tandis que le Laos se constituait progressivement en tant que nation.

Tout au long de l'histoire de l'Indochine française, l'ordre colonial fit face à des soulèvements périodiques ; dans l'entre-deux-guerres, l'indépendantisme  principalement vietnamien  a regagné de la puissance, au profit notamment des communistes locaux. Au cours de la Seconde Guerre mondiale, l'Indochine fut occupée par le Japon tout en restant jusqu'au bout fidèle à Vichy. En mars 1945, craignant un débarquement allié, les Japonais détruisirent l'administration coloniale. Le vide du pouvoir à la fin de la guerre permit ensuite au Việt Minh, mouvement dirigé par les communistes, de proclamer l'indépendance du Vietnam. La France tenta de reprendre le contrôle en réorganisant l'Indochine sous la forme d'une fédération d'États associés de l'Union française ; mais l'échec des négociations avec le Việt Minh déboucha, fin 1946, sur la guerre d'Indochine, conflit qui s'inscrit à la fois dans le contexte de la décolonisation et dans celui de la guerre froide.

Les Français cherchèrent à trouver une solution en réunifiant le territoire vietnamien, où fut proclamé en 1949 l'État du Vietnam. Le conflit vira cependant à l'impasse politique et militaire, au point que la France dut se résoudre à abandonner l'Indochine. Le Cambodge proclama son indépendance dès . Le processus fut accéléré par la défaite française lors de la bataille de Diên Biên Phu, qui sonna le glas de la colonisation ; en , les accords de Genève mirent un terme à la guerre d'Indochine et marquèrent dans le même temps la fin de la Fédération indochinoise en reconnaissant l'indépendance du Vietnam, du Laos et du Cambodge. Ils officialisèrent également la partition du Vietnam, germe de la future guerre du Vietnam ainsi que des conflits parallèles au Laos et au Cambodge. La France maintint ensuite des liens avec les trois États issus de l'ex-Indochine, bien que leurs relations aient été compliquées par les conflits que traversèrent les trois pays et par leur passage dans le camp communiste en 1975.

Oops something went wrong: