Mapuches

peuple amérindien habitant le territoire historique de l'Araucanie dans les États actuels du Chili et de l'Argentine / De Wikipedia, l'encyclopédie libre

Les Mapuches (littéralement « Peuple de la terre » en mapudungun) sont un groupe ethnique et peuple autochtone du Chili et d'Argentine formant plusieurs communautés, connues également sous le nom d'Araucans (cette dernière dénomination ayant été donnée par les Espagnols aux autochtones peuplant originellement la région historique d’Araucanie)[3],[4]. Au sens strict, le terme Mapuches désigne les Amérindiens habitant l’Araucanie ou Arauco, coïncidant grosso modo à l’actuelle région administrative chilienne d'Araucanie, c’est-à-dire les Araucans et leurs descendants ; dans un sens plus large, le terme englobe tous ceux qui parlent, ou parlaient naguère, la langue mapuche ou mapudungun, y compris divers groupes autochtones ayant subi entre les XVIIe et XIXe siècles le processus dit d’araucanisation par suite de l’expansion araucane à partir de l’Araucanie originelle (dans le Chili actuel) vers des zones sises à l’est de la cordillère des Andes (c’est-à-dire dans l’actuelle Argentine).

Mapuche
Famille mapuche vers 1910.
Populations importantes par région
Chili 1 745 157 env. (2017)[1]
Argentine 205 009 env. (2010)[2]
Population totale 2 000 000 env.
Autres
Régions d’origine Cordillère des Andes
Langues Mapudungun, espagnol
Religions Christianisme (catholicisme et évangélisme) adapté aux croyances traditionnelles
Ethnies liées Picunche, Huilliche,Pehuenche, Chiliens
Carte de répartition

Selon le recensement officiel de 2002, les Mapuches représentent 4 % de la population chilienne (87,3 % du total des autochtones vivant au Chili), soit un peu plus de 600 000 personnes, mais d’autres statistiques donnent un nombre plus élevé. Ils vivent principalement dans les zones rurales de la région d’Araucanie ainsi que dans la région des Lacs et la région métropolitaine de Santiago (la capitale, Santiago du Chili). On estime à environ 200 000 leur nombre en Argentine, répartis principalement sur la province de Neuquén, mais aussi sur celle de Río Negro et de Chubut[5]. Les autres populations autochtones du Chili, moins nombreuses, sont aymaras et rapa nuis.

Les Mapuches eurent à faire face d’abord aux visées expansionnistes des Incas, qui réussirent certes à soumettre les groupes mapuches septentrionaux, appelés Picunches par les historiens, mais furent ensuite bloqués par la résistance mapuche à la hauteur du fleuve Maule (à 250 km environ, à vol d'oiseau, au sud de Santiago), après la lourde défaite de Tupac Yupanqui à la fin du XVe siècle[6] ; puis, au XVIe siècle, aux tentatives de conquête des conquistadors espagnols, qui venaient de renverser l’Empire inca (et du même coup assujetti les Picunches) et trouvèrent face à eux les autres Mapuches établis entre la vallée de l'Aconcagua et le centre de l’île de Chiloé. La résistance du chef mapuche Lautaro, qui avait appris la tactique et la stratégie militaires lorsqu’il était prisonnier des Espagnols, et dont les troupes possédaient une grande maîtrise du cheval, puis plus tard la rébellion de Pelantaro en 1602, aboutirent à fixer la frontière militaire entre Espagnols et Mapuches au niveau de la rivière Biobío (à 470 km environ au sud de Santiago) ; depuis lors, les Espagnols hésitaient à se risquer en territoire mapuche.

Entre 1860 et 1880, les deux États de la région issus de la décolonisation, le Chili et l’Argentine, entreprirent à leur tour des guerres de conquête contre les Amérindiens (Mapuches et Patagons) qui vivaient au sud du continent dans des régions restées hors de leur contrôle et difficilement pénétrables, et viendront finalement à bout de la résistance mapuche, au terme de campagnes militaires connues respectivement sous le nom de Pacification de l'Araucanie et de Conquête du Désert, lesquelles entraînèrent la mort de milliers d’Amérindiens, en plus de la perte de leur territoire : les survivants furent en effet déportés vers des zones de faible superficie dénommées réductions (au Chili) ou réserves (reservaciones, en Argentine), tandis que le reste des terres fut déclaré bien national (en espagnol fiscal), puis vendu à l’encan. À signaler aussi que l’élection (ou l’autoproclamation), en novembre 1860, du juriste périgourdin Orélie Antoine de Tounens comme roi de l'Araucanie avait alarmé les autorités chiliennes qui craignaient que cette poussée d’indépendantisme coupe géographiquement le pays en deux. Les Mapuches se sont ensuite peu à peu intégrés à la nation chilienne, même si des foyers de résistance ont poursuivi la lutte armée jusqu'à la fin du XXe siècle.

Aux XXe et XXIe siècles, les Mapuches subiront un processus d’acculturation et d’assimilation aux sociétés des deux États (argentin et chilien), mais au rebours duquel se feront jour des manifestations de résistance culturelle et éclateront çà et là des conflits parfois violents (avec mort d’homme) centrés autour de la propriété des terres, de la reconnaissance de leurs organisations et de la pratique de leur culture. En effet, le processus de récupération présente deux aspects : d’une part un retour aux racines culturelles (réapprentissage de la langue, remise en honneur de l’artisanat traditionnel etc.) et d’autre part la réappropriation de terres qualifiées d’ancestrales, mais détenues aujourd’hui, sur la foi de titres de propriété officiels sur les terrains concernés, par de grands domaines agricoles (haciendas), des sociétés d’exploitation forestière (surtout au Chili), et par des multinationales du textile (telles que Benetton en Argentine)[7],[8]. La population mapuche se plaint de discrimination raciale et sociale dans ses rapports avec le reste de la société[9],[10],[11],[12],[13], et selon les statistiques officielles, leur indice de pauvreté est plus élevé que la moyenne nationale chilienne[14],[15],[11].

Le système économique traditionnel, basé sur la chasse et l’horticulture, a cédé le pas, aux XVIIIe et XIXe siècles, à une économie agricole et d’élevage, les Amérindiens se convertissant dès lors, après l’implantation forcée sur des terrains à eux assignés par le Chili et l’Argentine, en un peuple de paysans voué à l’heure actuelle (2018) à une grande fragmentation culturelle, à un morcellement de la propriété, et à une migration vers les grandes villes par les générations plus jeunes, qui a eu pour effet de faire des Mapuches une population aujourd’hui majoritairement urbaine, établie principalement à Santiago du Chili et à Temuco, quoique préservant des liens plus ou moins serrés avec ses communautés d’origine.